Evaluation technique
L'évaluation technique vise à démontrer la faisabilité des itinéraires retenus en prenant en compte des critères pratiques, tels que le choix variétal, le calendrier de travail, la puissance de traction et la main-d'oeuvre nécessaire. Le choix des variétés est essentiel, avec l’utilisation des variétés Montis et Alanis qui sont adaptées aux exigences des industriels.
Les itinéraires bas intrants, développés dans le cadre du projet Patat’Up, privilégient les opérations mécaniques plutôt que chimiques. Le désherbage mécanique, par exemple, nécessite une adaptation précise du calendrier de travail en fonction des conditions climatiques et de la fermeture des rangs. Ce type de gestion exige de l’agriculteur une bonne organisation selon les fenêtres climatiques idéales.
En termes de matériel, les itinéraires bas intrants nécessitent l'ajout de machines spécifiques par rapport aux itinéraires conventionnels. L’itinéraire intermédiaire requiert 3 machines supplémentaires, tandis que l’itinéraire extrême en demande 4, dont deux dédiées au défanage. Toutefois, ces machines peuvent être moins disponibles durant la période de pointe des travaux au champ. En considérant les hypothèses suivantes : une surface moyenne de parcelle de 10 ha (DAEA, 2024), une distance moyenne de 20 km entre la ferme et la parcelle (Fiwap, 2024) et une vitesse moyenne de 40 km/h, les résultats liés au temps de travail indiquent que, dans notre contexte, un itinéraire intermédiaire entraîne un supplément de 1h21 par hectare, tandis qu'un itinéraire extrême ajoute 1h35 par hectare par rapport à l'itinéraire conventionnel. Ces résultats montrent une tendance générale à une augmentation raisonnable du temps de production dans les itinéraires bas intrants, mais la variabilité des conditions sur le terrain doit être prise en compte pour une évaluation plus précise.
Evaluation économique
L’évaluation économique des itinéraires a permis de comparer les coûts de production entre les différents itinéraires testés et un itinéraire conventionnel « agriculteurs », tant pour le grand essai à Walhain (Tableau 4) que pour le petit essai à Gembloux. Les coûts au champ ont été basés sur les opérations réellement réalisées pendant l'année, tandis que les coûts de stockage ont été estimés à 69,1 €/t pour 8 mois de stockage, en utilisant le coût moyen de 2023 (Fiwap-info 181, mars 2024). Il est important de noter que les chiffres doivent être interprétés dans le contexte spécifique des essais. Les hypothèses pour l’évaluation économique sont les suivantes :
- Prix des plants : Le prix est uniformisé pour les trois variétés, en prenant celui de la variété Fontane comme référence (2087,5 €), afin d'éviter l'impact de la volatilité des prix des plants.
- Prix des contrats : Le prix moyen des contrats est également uniforme pour les trois variétés, basé sur celui de Fontane (176,4 €/t départ champ et 273 €/t après 8 mois de stockage).
- Rendements des essais : Les rendements des essais ne sont pas réduits de 15% comme dans les rendements « agriculteurs », car la méthode de récolte utilisée dans les essais (souleveuse) induit une perte de pommes de terre au champ, contrairement à la méthode par fourche des estimations « agriculteurs ».
L’essai de Walhain montre que le passage d’un itinéraire conventionnel utilisant la variété Fontane à un itinéraire bas intrants avec une variété plus robuste entraîne une diminution du chiffre d’affaires (Tableau 4). Toutefois, malgré cette baisse, il reste possible de maintenir la rentabilité dans un cadre de réduction intermédiaire des intrants, grâce à l’utilisation de variétés robustes qui parviennent à produire un rendement intéressant, même dans des conditions de culture plus difficiles. Dans les conditions de cet essai, la variété Montis a montré les meilleurs résultats avec un bénéfice pour l’itinéraire intermédiaire entre 159 et 1325 €/ha (respectivement bénéfice départ champ et bénéfice après stockage). En revanche, dans les conditions de réduction extrême des intrants, la rentabilité n’est plus atteinte puisque la perte économique varie entre 253 €/ha pour Montis et 2300 €/ha pour Alanis).
Coûts de production 2024 et rentabilité de chaque itinéraire de production avec et sans 8 mois de stockage, essai à Walhain
Pour l'essai à Gembloux, comme à Walhain, le passage d'un itinéraire conventionnel avec la variété Fontane à un itinéraire à faible intrants avec une variété plus robuste entraîne également une diminution du chiffre d’affaires. Dans cet essai, c’est la variété Alanis qui est rentable uniquement dans l’itinéraire bas intrants intermédiaire après stockage. Le bénéfice reste néanmoins assez faible de 484 €/ha contre 1425 €/ha pour Fontane dans un itinéraire conventionnel. En considérant les résultats des deux essais, nous pouvons conclure que passer d’un itinéraire conventionnel avec Fontane à un itinéraire bas intrants avec une variété plus robuste induit une diminution importante du bénéfice.
Cette diminution s’explique par plusieurs facteurs :
- Les coûts de production au champ dans les itinéraires bas intrants restent assez élevés par rapport à l’itinéraire conventionnel. En effet, malgré l’économie réalisée suite à la diminution d’intrants, certaines alternatives utilisées dans les itinéraires bas intrants sont plus chères (défanage électrique) et/ou plus lentes (désherbage mécanique) ce qui influence négativement les coûts de production.
- Le chiffre d’affaires est très dépendant du rendement réalisé et bien que l’utilisation de variétés plus robustes permette de l’augmenter, il est en revanche fortement diminué par le changement d’itinéraire.
Evaluation environnementale
L’évaluation environnementale des itinéraires a été réalisée à l’aide de la méthode d’Analyse de Cycle de Vie (ACV). Plusieurs catégories d'impact environnemental (potentiel de réchauffement global, potentiel d’acidification, potentiel d’eutrophisation, particules fines, toxicité humaine, écotoxicité, occupation des terres agricoles, potentiel de privation en eau, consommation de ressources énergétiques, consommation de ressources métaux et minerais etc.) sont prises en compte pour évaluer les effets des itinéraires. Les résultats des ACV sont présentés sous forme de scores uniques et non répartis selon les différentes catégories d’impact afin de faciliter la compréhension des graphiques. L’unité fonctionnelle (UF) est utilisée pour évaluer la production est de 1 kg de matière fraîche (MF) de pommes de terre à la sortie du champ. En parallèle, deux autres UF alternatives ont également été explorées, celle correspondant à la superficie de 1 ha et celle correspondant à l’efficience économique, liant couts de production (main d’oeuvre comprise et hors stockage) et chiffre d’affaires ; ceci afin de prendre en compte le rôle multifonctionnel de l’agriculture. Les phases ultérieures de stockage, transformation et commercialisation ont été considérées comme identiques, quel que soit l’itinéraire technique choisi, et ont donc été exclues de la comparaison.
Outre la production des plants de pommes de terre, ce sont les engrais minéraux, du fait des impacts liés à leur production ainsi que les émissions au champ liées à leur utilisation, qui ont montré la plus grande part des impacts dans la plupart des catégories. L’impact de la mécanisation est également bien visible dans la majorité des catégories. L’impact des produits de protection des plantes n’est visible que dans la catégorie écotoxicité mais contribue au score unique. Les essais menés dans le cadre du projet Patat’Up avaient pour but de tester des itinéraires bas intrants, c’est-à-dire limitant les quantités d’engrais chimiques et de produits de protection des plantes appliquées, tout en adaptant les opérations de mécanisation. De plus, les étapes de production concernant les transports et la production des plants étant égales entre les modalités des essais, il est proposé de focaliser la discussion des résultats environnementaux sur les trois étapes de production suivantes : la mécanisation, la production et l’utilisation des engrais chimiques et la production et l’application de produits de protection des plantes. La Figure 6, Figure 7 et Figure 8 comparent les essais selon ces trois étapes de production pour les différentes UF prises en compte. Outre les itinéraires testés dans le deux essais, l’ACV compare également un itinéraire type « conventionnel agriculteur ».

Comparaison des résultats de la mécanisation, la production et l’utilisation des engrais chimiques et la production et l’utilisation des PPP, pour 1 kg de MF, selon le score unique

Comparaison des résultats de la mécanisation, la production et l’utilisation des engrais chimiques et la production et l’utilisation des PPP, pour 1 hectare, selon le score unique

Comparaison des résultats de la mécanisation, la production et l’utilisation des engrais chimiques et la production et l’utilisation des PPP, pour l’efficience économique, selon le score unique
Le Tableau ci-dessous résume les différences, significatives ou non, entre ces résultats en comparant les itinéraires conventionnels en Fontane avec les itinéraires bas intrants en Montis ou Alanis.
Par kg de MF, on observe un résultat significativement moins bon pour la variété Montis dans le système extrême dans l’essai à Gembloux, expliqué par un rendement réduit de moitié par rapport à l’essai conventionnel en Fontane. Le fait de ne pas observer de différence significative entre les autres résultats des essais indique que les itinéraires bas intrants n’ont pas de moins bons résultats en termes d’impacts sur l’environnement que les itinéraires conventionnels. Par ailleurs, comparés avec l’itinéraire type, sept des huit itinéraires bas intrants démontrent des résultats significativement meilleurs, malgré des rendements entre 4 et 26% inférieurs à l’itinéraire type.
Par hectare, tous les itinéraires, à l’exception du petit essai intermédiaire, ont des résultats significativement meilleurs par rapport à l’essai conventionnel alors que, par rapport à l’itinéraire type, tous les essais bas intrants (intermédiaire et extrême) ont un score significativement plus bas.
La comparaison selon l’efficience économique est assez similaire avec la comparaison par kg, avec des différences encore plus marquées avec l’itinéraire type « conventionnel agriculteur ».
Différences entre les résultats ACV des essais bas intrants, par rapport aux essais conventionnels et itinéraire type conventionnel, pour la mécanisation et la production et l’utilisation des engrais minéraux et PPP

Conclusions de l'essai comparatif 2024
L'utilisation de variétés robustes, comme Montis et Alanis, combinées à des pratiques culturales innovantes a permis de limiter les traitements fongiques et d'optimiser l'efficience de l'utilisation de l'azote.
Comparé à l'itinéraire conventionnel, l'itinéraire à faible intrants de type intermédiaire a permis de réduire la fertilisation azotée de 30% et la quantité de matières actives d’une moyenne de 30% (35 % pour l’essai à Walhain et 25 % pour l’essai à Gembloux). L'itinéraire à faible intrants extrême, quant à lui, a permis de réduire la fertilisation azotée de 50% et la quantité de matières actives de 45%.

Ces réductions d’intrants ont eu des impacts plus ou moins prononcés selon la variété et l’itinéraire cultural, affectant les aspects phytotechniques, techniques, économiques et environnementaux, comme l’illustre le tableau ci-dessous.

Le passage d’un itinéraire conventionnel à un itinéraire intermédiaire présente certains avantages, notamment un retard dans les traitements fongiques qui peut être géré sans ou avec peu de dégâts sur le feuillage. Toutefois, cette transition entraîne une réduction moyenne de rendement de 6,36 t/ha, ainsi qu'une augmentation du temps de travail de 1h21 supplémentaires par hectare. Sur le plan économique, cela génère une perte de 1 079 € par hectare.
En revanche, le passage à un itinéraire extrême s'avère plus complexe et moins rentable. La réduction de rendement est nettement plus importante, atteignant une diminution moyenne de 15,87 t/ha par rapport au rendement moyen de 43,34 t/ha pour la variété Fontane. Ce changement nécessite également 1h35 supplémentaires de travail par hectare, augmentant ainsi la charge de travail. La perte économique devient significative, car la rentabilité n'est plus garantie comparativement à l'itinéraire conventionnel, rendant cette transition difficile à justifier sur le plan économique, malgré ses avantages environnementaux potentiels.
En conclusions, l’évaluation technique, économique et environnementale des itinéraires bas intrants a permis de démontrer que, dans les conditions de réduction d’intrants intermédiaires, il était techniquement faisable de produire des pommes de terre à large échelle tout en étant économiquement viable et en ayant un impact environnemental réduit par hectare cultivé.
La réduction d'intrants extrême n'est pas économiquement viable dans les conditions de la saison 2024.
Ces résultats étant basés sur une seule année d'essai comparatif, il serait nécessaire de reconduire l'essai sur plusieurs années pour confirmer les résultats.
